Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 11:48

Jean-Luc Nothias Le Figaro du 31 décembre 2008

Si Cervantès et Shakespeare sont bien morts exactement à la même date, sans doute le 23 (ou le 22) avril 1616, ils ne sont en fait pas morts le même jour. À cette époque, les calendriers utilisés en Espagne et en Angleterre, étaient décalés de dix jours. La faute en est aux années bissextiles. Si sainte Thérèse d'Avila est fêtée le 15 octobre alors qu'elle est morte dans la nuit du 4 au 5 octobre, c'est aussi la faute aux années bissextiles : le passage à l'euro n'a été qu'une plaisanterie par rapport au passage, en 1582, du calendrier julien au calendrier grégorien qui supprima 10 jours entiers (du 5 au 14 octobre).

Changement né dans quelques pays d'Europe et qui ne se généralisa que petit à petit dans le reste du monde. De quoi rendre fous les historiens. Encore une fois, un coup des années bissextiles. Si certains ne fêtent leur (vrai) anniversaire que tous les quatre ans, c'est encore à cause d'elles.

Quel est le 365e jour de l'année 2008 ? Eh non, ce n'est pas aujourd'hui, 31 décembre, mais c'était hier, le 30 ! Car 2008 est une année bissextile et compte donc 366 jours.

Très tôt dans l'histoire de l'humanité, l'homme a tenté d'établir des calendriers. Nombreux ont été ceux qui utilisaient la Lune, avec sa périodicité de 28 jours. Ce qui est peu satisfaisant pour rythmer une année entière. Et nécessite de rajouter par-ci par-là des jours ou des semaines. D'où l'habitude de dater les événements par rapport à l'avènement d'un souverain. Comme « lors de la dixième année du règne de… ». Mais cela ne change rien à l'affaire. Il y a un certain nombre de levers de soleil dans une année. Et il faut tous les comptabiliser.

Une fois que le système des 365 jours a été adopté, on a constaté qu'il y avait un décalage qui se creusait avec les solstices et les équinoxes. Les saisons avaient tendance, dans le calendrier, à «glisser» vers les saisons précédentes. Et c'est Jules César, Grand Pontife de Rome, qui va prendre, en 45 av. J.-C., le problème à bras-le-corps. Il demande à un astronome grec, Sosigène d'Alexandrie, de calculer précisément la durée d'une année solaire. Ses calculs donnent 365,25 jours. Il y a donc un décalage d'une journée tous les quatre ans.

César décide donc de rajouter aux calendriers une journée supplémentaire tous les quatre ans. Et décide de la placer en février. Il y aura donc un «24 février bis». Ce qui correspondait, en «romain», au «sixième jour avant les calendes de mars ». Il y avait donc «deux fois le sixième » jour. Ce qui se dit «bis-sextus». D'où le terme «bissextil». Et la naissance du calendrier julien.

Mais les calendriers n'ont pas encore tout à fait le bon rythme. En effet, la Terre tourne autour du Soleil en 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 45 secondes, soit 365,24221935 jours (et non 365,25). Il y a donc encore un décalage qui entraîne une dérive séculaire des dates. Ainsi, au milieu du XVIe siècle, le calendrier julien accuse une dérive de dix jours par rapport à la vraie course de la Terre autour du Soleil.

Les trois règles

C'est le pape Grégoire XIII qui va réunir un collège de scientifiques et les charger de trouver une solution. Ils mettent ainsi au point un nouveau calendrier basé sur une durée de l'année de 365,2425 jours. Par rapport au calendrier julien, il faut donc qu'il y ait un peu moins d'années bissextiles. D'où les trois règles actuelles pour «bissextiliser» : seules les années au chiffre divisible par 4 sont bissextiles ; à l'exception des années divisibles par 100 ; mais parmi ces dernières, celles qui sont divisibles par 400 sont bissextiles. Et le jour bissextile devient le 29 février (plutôt que le 24 bis). Ce sont les règles qui participent au calendrier dit grégorien, en vigueur actuellement et ce depuis 1582.

En appliquant les trois règles des années bissextiles, on voit donc que 2008 est divisible par 4 mais pas par 100. Donc est bissextile. Dans le passé, 1800 et 1900 étaient bissextiles dans le calendrier julien, mais plus dans le grégorien. En effet, divisibles par 4 et par 100, elles ne le sont pas par 400. Dans le futur, l'année 2100 par exemple, divisible par 4 et par 100, mais pas par 400, ne sera pas bissextile. 2009, d'entrée, n'est pas divisible par 4, donc est «commune». Un petit truc est encore valable pour l'instant ; les années bissextiles sont des années de JO d'été.

Le calendrier grégorien a mis du temps à s'imposer dans le monde. Au début du XXe siècle, le calendrier julien était encore en vigueur dans certains pays comme la Russie. Le «grégorien» tarda à s'imposer par exemple en Suède, où, au XVIIIe siècle, on inventa, en 1753, un 30 février pour combler plus rapidement l'écart. Le calendrier julien est encore en usage dans certaines Églises orthodoxes. La différence est actuellement de 13 jours d'avec le calendrier julien. Elle passera à 14 jours le dimanche 14 mars 2100 (c'est-à-dire le 29 février 2100 du calendrier julien).

Mais on comprend donc bien que l'année «grégorienne» n'est pas parfaite. Et qu'un glissement surviendra encore. Il ne sera en fait «que» de 3 jours tous les 10 000 ans. Ce qui laisse le temps de voir venir.

Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 11:45

Jean-Luc Nothias  Le Figaro 07/01/2009

Ce n'est pas le plus grand, ce n'est pas le plus profond, pas le plus riche ou le plus pauvre, biologiquement parlant. Mais il porte une très noble distinction : le lac Léman est à l'origine de la création d'une discipline scientifique très importante, au nom peu connu, la limnologie, dont le champ d'action (lacs, étangs et autres étendues d'eaux continentales) ne fait mystère pour personne. Le fondateur de la discipline, le Suisse François-Alphonse Forel, a en effet consacré, à la fin du XIXe siècle, la première grande étude scientifique sur le sujet, au lac Léman.

Cette vaste (582,4 km²) étendue d'eau douce (89 milliards de mètres cubes) en forme de croissant, à cheval sur la France et la Suisse, d'une profondeur maxi­male de presque 310 mètres, située à 372 mètres d'altitude, est traversée par le Rhône. Le Léman a l'âge vénérable de 15 000 ans. Sa formation est à la fois due à un plissement tectonique dans sa partie est et à l'action d'un glacier dans sa partie ouest (entre Yvoire et Genève). Le grand glacier du Rhône s'en était alors retiré après la dernière période glaciaire.

Le Léman est alimenté par le Rhône mais aussi par une kyrielle de rivières comme la Morge, le Foron, la Serine, l'Aubonne… En sortie de lac, le débit moyen de l'eau est de quelque 8 milliards de mètres cubes par an. Il faudrait donc en moyenne 11 ans pour le remplir, à supposer qu'il se soit vidé. Un autre grand lac alpin, le lac de Constance, traversé lui par le Rhin, se remplirait en 4 ans.

Le lac Baïkal est le plus profond

Premier écueil pour les limnologues, définir précisément ce qu'est un lac. Pour certains, c'est une vaste et profonde étendue d'eau douce. Si les rayons du soleil parviennent jusqu'au fond de l'eau, de la végétation peut s'y développer, on parle alors d'étangs. Pour d'autres, un lac peut contenir de l'eau salée. Comme le Grand Lac Salé, au nord de l'État de l'Utah aux États-Unis, auprès duquel les mormons se sont établis. Il fait partie des cinquante plus grands lacs du monde et est le quatrième endoréique, c'est-à-dire qu'aucun fleuve ou rivière n'en sort. L'eau ne le quitte que par évaporation. Ce qui fait que l'eau de ce lac est beaucoup plus salée que celle de la mer.

Si l'on prend cette définition large d'un lac, la mer Caspienne devient le plus grand lac salé du monde avec 371 000 km². Deviennent aussi des lacs la mer d'Aral ou la mer Morte. Pour sa part, la mer Noire, par exemple, a été un lac jusqu'à ce qu'elle communique avec la Méditerranée.

Le plus profond de tous est le lac Baïkal (1 637 mètres) et c'est lui qui possède la plus grande quan­tité d'eau douce (23 600 km³). Il faudrait 350 ans pour le remplir ! En superficie, derrière la mer Caspienne, on trouve les lacs Michigan-Huron (117 700 km²), le Supérieur (82 414 km²), tous deux situés entre États-Unis et Canada, le Victoria (69 485 km²), le Tanganika (32 893 km² et profond de 1 470 m), localisés en Afrique de l'Est, le Baïkal en Russie, le Grand Lac de l'Ours au Canada, le Malawi en Afrique, le Grand Lac des esclaves au Canada, le lac Erié en Amérique du Nord…

Les grands lacs d'Amérique du Nord (Supérieur, Huron, Michigan, Erié et Ontario) constituent le groupe de lacs à eau douce le plus étendu au monde avec près de 250 000 km². Formés il y a 10 000 ans et associés au Saint- Laurent, ils forment le plus vaste des systèmes à eau douce du monde.

Le Canada est le pays qui a le plus de lacs dans le Top 50 des plus grands. La Russie en a six en propre et l'Europe un seul, le Vänern en Suède (5 545 km²). En Europe, la Scandinavie est la plus riche en lacs et possède d'ailleurs les quatre plus grands. Le Léman est 7e, devant le lac de Constance, le Lough Neaf (Grande-Bretagne), les lacs de Garde, de Neufchâtel et le lac Majeur.

Et on aurait tort de croire qu'un lac est une masse d'eau immobile et sage. Tous ceux qui les ont côtoyés savent qu'ils peuvent être autant ou plus dangereux qu'une région côtière maritime. Car un lac peut faire naître de forts courants ou d'imprévus tourbillons très dangereux. Le proverbe «méfiez vous de l'eau qui dort» a dû être créé pour les lacs.

 

Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 17:47

Cécile Crouzel - Le Figaro.fr du 7 janvier 2009

Chaque année, la direction générale des finances publiques - à Bercy - publie un annuaire statistique qui, s'il reprend des données globales déjà égrenées en cours d'année, fourmille d'informations détaillées sur la ventilation des impôts par région, catégorie de population ou tranche de revenus.

L'édition 2007 ne déroge pas à la règle. Elle met en exergue les différences selon les régions. En France, seulement 53,6% des foyers ont été imposables à l'impôt sur le revenu (IR) au titre de leurs ressources de 2006, soit 19 millions de foyers sur les 35 millions que compte le pays. Mais en région Ile-de-France, ce taux grimpe à 63,4%, tandis qu'il tombe à 46,3% en Corse et à 27,5% dans les départements d'outre-mer. En 2006, les écarts étaient similaires. Il est vrai qu'ils ne font que refléter les différences de richesses sur le territoire, elles-mêmes très stables d'une année sur l'autre. Le revenu fiscal moyen en France est de 21 930 euros. Il est maximal en Ile-de-France (28 308 euros en moyenne), en Alsace (22 907 euros) et en Rhône-Alpes (22 740 euros). Les départements d'outre-mer ferment la marche (14 888 euros), avec la Corse (18 250 euros) et le Nord-Pas-de-Calais (18 853 euros).

 

2,6 milliards de recettes en moins

 

Et au sein même d'une région, les écarts sont notables. Le revenu fiscal moyen est de 56 950 euros dans la circonscription de Paris-Ouest - un record en France -, et de 18 852 euros à quelques kilomètres de là, en Seine-Saint-Denis.

Autre enseignement, l'IR reste toujours aussi concentré : 1% des foyers français, soit les quelque 386 000 redevables qui ont payé chacun plus de 17 000 euros d'IR, ont fait rentrer 37% de recettes de cet impôt. L'IR moyen payé par les contribuables en 2007, 2 560 euros, n'est donc pas très représentatif. Seule nouveauté majeure comparée aux années précédentes : il a baissé de 6,9% par rapport à 2006, soit 189 euros. « C'est la conséquence de la réforme de 2006, qui a supprimé l'abattement de 20% et a diminué le nombre de tranches », explique-t-on à Bercy. Au total, la recette globale d'IR s'est élevée à 54,1 milliards en 2007, contre 56,7 milliards en 2006.

Individuellement, c'est d'abord l'emploi d'un salarié à domicile qui permet aux Français de réduire leur charge d'impôt. Et plus de 6 millions de redevables ont fait en 2006 des dons aux personnes en difficulté, aux œuvres et au mécénat.

 

ISF en hausse

 

S'il y a en revanche un impôt qui n'a pas baissé en 2007, c'est bien l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). La recette pour l'État a été de 4,4 milliards, en hausse de 20% sur un an. D'après les premières données publiées en juillet dernier, la collecte de 2008 a été moins abondante, en raison des mesures du paquet fiscal votées après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Mais le nombre d'assujettis à l'ISF ne cesse de grimper : 456 856 foyers en 2006, 527 866 en 2007 et a priori 548 000 en 2008. Sans surprise, c'est en Ile-de-France (201 396 foyers), en Provence-Alpes-Côte d'Azur (52 636 foyers) et en Rhône-Alpes (51 351 foyers) que les redevables se concentrent.

Par Didier - Publié dans : ECONOMIE FRANCE
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 13:53

Le président de la Scam et les Films du Tamarin ont le plaisir de vous inviter à la projection de

 

Taïwan 2008, paroles de campagne un film documentaire de Jean-Robert Thomann

2008 – 55’ produit par les Films du Tamarin.

 

Le 22 mars 2008, s’est tenue à Taïwan la quatrième élection présidentielle. Les derniers jours de campagne, le scrutin, sont l’occasion de faire le point sur la jeune démocratie taïwanaise, notamment sur ses relations avec la Chine.

 

vendredi 19 décembre 2008 à 19 h 45

salle Charles Brabant à la Scam

5, avenue Vélasquez 75008 Paris

métro Villiers ou Monceau.

 

La projection sera suivie d’un cocktail Merci de confirmer votre présence au

01 43 15 90 90 ou à

 

filmstamarin@filmstamarin.fr

Par Didier - Publié dans : TAIWAN
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 13:40

Stéphane Foucart dans Le Monde.fr du 30 11 2008

 

Le 12 juillet 1562, Diego de Landa, évêque du Yucatan, fait allumer un grand bûcher sacrificiel. Il n'entend pas brûler des hommes, il veut brûler des livres. "Tous les livres de l'Amérique", résume Charlotte Arnauld, du laboratoire Archéologie des Amériques (CNRS et université Paris-I). Seuls trois codex en réchappent : ils sont aujourd'hui conservés à Paris, à Madrid et à Dresde. Mais outre la perte documentaire, l'autodafé de 1562 fait entrer l'écriture maya, utilisée depuis le Ve siècle avant notre ère, en clandestinité. Et il faudra attendre plus de quatre siècles pour qu'elle sorte de l'oubli et que les quelques milliers de textes mayas parvenus jusqu'au XXe siècle (inscriptions monumentales, textes sur céramiques, stèles, etc.) se remettent à parler.

Les dernières avancées sur le déchiffrement et l'apport des textes dans la compréhension du monde maya seront au centre de la XIIIe Conférence maya européenne, qui se tient à Paris, du 1er au 6 décembre au Musée du quai Branly. Outre le colloque scientifique, des ateliers d'épigraphie seront proposés au public afin de sensibiliser à cette discipline nouvelle, méconnue en France. Où les glyphes mayas passionnent beaucoup moins que les hiéroglyphes égyptiens ou les cunéiformes de Mésopotamie.

La raison tient peut-être à ce que le déchiffrement de la principale écriture méso-américaine n'a véritablement abouti que "tout récemment, dans la fin des années 1990", selon Mme Arnauld. Surtout, il ne s'est pas fondé sur l'éclair de génie d'un individu mais, au contraire, sur un long travail pluridisciplinaire, animé de débats et de controverses aussi âpres qu'hermétiques.

Les glyphes mayas n'ont pas leur Champollion. A moins que ce ne soit Diego de Landa lui-même... Car le franciscain ne fut pas seulement un allumeur de bûcher. Il fut aussi un explorateur curieux. En témoigne un ouvrage écrit en 1566 à son retour en Espagne, Relation des choses du Yucatan, dans lequel il se livre à un minutieux travail d'ethnographe. Hélas, le livre se perd et il faut attendre 1862 pour qu'un abbé français, Charles-Etienne Brasseur de Bourbourg, en retrouve une copie intègre à l'Académie royale d'art de Madrid. Avec, dessinée et établie par Landa lui-même, la correspondance entre l'alphabet latin et un "syllabaire maya".

Bien sûr, c'eût été trop simple. "Diego de Landa a cru que le système d'écriture maya était alphabétique, ce qui s'est avéré faux, raconte le mayaniste Philippe Nondédéo. Mais, malgré cette erreur, cette ‘‘Pierre de Rosette'' qu'il a dessinée s'est ensuite avérée essentielle pour le déchiffrement." Au XIXe siècle, alors que les hiéroglyphes égyptiens et les cunéiformes de Mésopotamie abandonnent leurs secrets, on redécouvre les textes des chroniqueurs et missionnaires espagnols. "C'est aussi à cette période qu'on comprend le système de numération et de décompte du temps. Les Mayas comptent le temps à partir d'une date mythique, origine qu'ils placent en 3114 avant J.-C., dit Mme Arnauld. Cela compris, on peut commencer à dater les monuments, mais on ne comprend toujours rien aux textes..." Il faut attendre les années 1950 et 1960, pour que trois personnalités apportent des contributions décisives.

C'est d'abord un chercheur russe, Youri Knorosov qui, le premier, entrevoit le caractère dual des quelque 800 glyphes mayas - certains pouvant revêtir une valeur syllabique autant qu'une valeur logographique. C'est ensuite un amateur allemand, Heinrich Berlin, qui remarque l'existence de glyphes de nature "politique" - qu'il nommera glyphes-emblèmes - et dont chacun est associé au nom d'une cité.

C'est enfin une archéologue américaine d'origine russe, Tatiana Proskouriakoff, qui publie en 1960 une étude montrant que les textes ont un caractère historiographique. Sans pouvoir lire les textes, elle identifie des noms de rois, par exemple associés à un glyphe d'accession au trône ou de mise en captivité. Banale en apparence, l'avancée est capitale. Car le milieu du XXe siècle est traversé par un puissant courant de pensée, soutenu par des mayanistes de renom, selon lequel ces textes sur pierre n'ont aucune valeur historique. Qu'ils ne sont au mieux que des séries astronomiques absconses.

"On est aujourd'hui certains que cette vision était fausse", dit Mme Arnauld. Que racontent donc ces textes, dont la plupart sont écrits dans trois de la vingtaine de langues mayas ? "Ce sont souvent des livres de divination, des prophéties, des règles de bonne gouvernance, des cycles lunaires qui peuvent faire penser à nos vieux almanachs", dit M. Nondédéo.

Depuis les années 1990, lire le maya a permis de mieux comprendre l'organisation politique des Basses-Terres pendant la période classique (300 à 900 de notre ère). Celle-ci s'articule autour de deux grandes cités rivales, Tikal et Calakmul, chacune pouvant activer, en cas de nécessité, un réseau de cités alliées. Mais si le déchiffrement est aujourd'hui considéré comme acquis, les difficultés d'interprétation de certains textes demeurent considérables. "En 695, à l'issue d'une guerre entre les deux cités, le roi de Tikal dit avoir fait prisonnier son rival de Calakmul, illustre M. Nondédéo. Problème : on a retrouvé la tombe du roi de Calakmul, au milieu de sa cité... Il fallait en réalité comprendre que le roi de Tikal avait fait prisonnier le bouclier de son ennemi !"

Site de la Conférence maya européenne : http://wayeb.org

 
Par Didier - Publié dans : LANGUE
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 14:24

Il y a fort et fort. Ou plus précisément fort en goût et fort en caféine. Or justement, l'un ne va pas avec l'autre.

La caféine (aussi appelée théine) est la substance excitante du thé et du café. C'est une molécule de la classe des alcaloïdes qui a la propriété de stimuler le système nerveux central ainsi que le système cardio-vasculaire.

 

Les forces du thé

Contrairement à l'opinion de la plupart des gens, le thé est d'autant plus fort en caféine qu'il est peu infusé. En effet, pour obtenir un thé fort en caféine, il faut le laisser peu de temps dans l'eau.

Car une fois les feuilles dans l'eau, dès la première minute d'infusion, le thé libère la théine qui se diffuse. Ensuite, ce sont les arômes qui imprègnent l'eau. Si l'on retire le sachet à ce moment, c'est à dire au bout de 2 à 3 minutes, les tanins, que contient aussi le thé n'ont alors pas le temps d'être diffusés lors de l'infusion. Or, ces molécules ont la propriété de neutraliser en partie la caféine contenue dans l'infusion pendant la digestion. Bref, un thé rapidement infusé libèrera plus de caféine dans l'organisme qu'un thé chargé de tanins, infusé longtemps.

Mais si l'on préfère une boisson forte en goût, c'est différent. Qu'est-ce qui est responsable du goût ? Les arômes, et les tanins. C'est après 3 à 5 minutes d'infusion que ces derniers sont libérés. Donc pour un thé fort en goût, mieux vaut laisser tremper le sachet plusieurs minutes. Attention toutefois : les tanins sont amers et risquent de gâcher le thé et de rendre votre boisson âcre si l'infusion est trop longtemps prolongée.

 

L'art de déthéiner

Enfin, si l'on souhaite un thé, léger en goût et en caféine, il suffit de jeter la première eau de l'infusion au bout de 30 secondes une fois que la théine s'est totalement libérée. Puis de remplacer aussitôt cette eau par une seconde eau, à la même température, pendant 2 à 3 minutes. Voilà comment obtenir un thé (presque) sans caféine et peu fort en goût.

Pour le café, c'est un peu différent : la caféine est libérée dans l'eau après les arômes et les autres composants d'une mouture de café. Malgré les apparences, un café allongé est bien plus fort qu'un café serré puisque les dernières gouttes sont riches en caféine.

Bref, si l'on veut une boisson stimulante, il faut peu infuser son thé et allonger son café.

 

Théine et caféine ne font qu'un. La différence d'effet entre thé et café s'explique par le fait que le thé contient des tanins, qui ralentissent la diffusion de la caféine. Son effet est plus doux, bien qu'il s'agisse de la même substance.

 

Sophie Fleury, L'Internaute

Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 12:27

Ça semble aller de soi : à volume égal, l'eau chaude gèle moins vite que l'eau froide. Car pour atteindre 0°C, l'eau déjà froide a moins de chaleur à perdre, moins d'énergie à dissiper, que l'eau chaude. C'est logique en quelque sorte.

Pourtant la thermodynamique prévoit tout autre chose. C'est l'effet Mpemba, du nom de son découvreur tanzanien, en 1963.

L'eau chaude gèle donc plus vite que l'eau froide, et pour plusieurs raisons. D'abord, pour une histoire de volume. Certains chimistes soutiennent que l'évaporation de l'eau dans l'échantillon chaud est responsable d'une perte de volume. Comme l'eau chaude a moins de volume, elle congèlerait plus rapidement que l'eau froide. Mais c'est très contestable car la perte de volume n'est pas assez conséquente.

Le pouvoir de l'eau froide

Ensuite, l'eau froide a la capacité d'entrer dans un état particulier, la surfusion : elle adopte alors un comportement métastable (entre liquide et solide) qui lui permet de rester liquide jusqu'à des températures très basses (-40°C dans l'atmosphère ; -5°C dans le congélateur). Pour que ceci soit possible, il faut que l'eau soit "calme". Or, l'eau chaude, justement, n'est pas calme : elle est, plus que l'eau froide, soumise à des mouvements de convection dus aux différences de températures au sein liquide. Par conséquent, difficile pour cette eau d'entrer en équilibre métastable : elle gèle à 0°C.

De plus, les gaz dissous dans l'eau (principalement O2 et CO2) abaissent le point de congélation de l'eau froide. Dans l'eau chaude, c'est différent car ces gaz s'échappent à cause de la chaleur de l'eau chaude qui les rend insolubles. Ceci pourquoi l'eau froide surfusionne beaucoup plus que l'eau chaude.

Ce n'est pas tout. Les molécules d'eau chaude ont suffisamment d'énergie pour quitter le corps liquide sous forme de gaz vapeur (de ce fait, elles lui retirent de l'énergie calorifique). Les molécules d'eau froides ont-elles peu d'énergie, en tout cas pas assez pour quitter le liquide. Ainsi l'eau chaude perd sa chaleur plus rapidement. Autrement dit, elle perd son énergie plus vite que l'eau froide et atteint son point de congélation en premier.

 

Sophie Fleury, L'Internaute
Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 12:20

Un film à l'eau de rose et voilà, les larmes perlent sur vos joues. Les pleurs restent, pourtant, connotées comme témoins d'un mal être, d'une profonde tristesse, d'une déchirure dont on ne se remet pas.

Beaucoup de psychologues expliquent que pleurer est nécessaire pour le psychisme. Vous-même en avait fait l'expérience. Une bonne crise de larmes et vous vous sentez déjà plus léger. Ce mécanisme permet de soulager un trop plein émotionnel que l'individu est incapable de verbaliser. Les pleurs sont, donc, le subterfuge pour évacuer cette tension nerveuse.

Les femmes sont d'ailleurs plus sujettes à pleurer que la gent masculine, non pas qu'elles soient moins résistantes mais leurs hormones leur jouent des tours. Celles-ci stimulent beaucoup plus les glandes lacrymales d'où des effusions de larmes plus fréquentes.

 

Un trop plein d'eau

 

Pleurer est un acte dit réflexe comme la respiration, c'est-à-dire qu'il n'est pas fait sur demande consciente. Tout se fait automatiquement.

Au niveau de notre arcade sourcilière, sous l'os, nous possédons une glande lacrymale. Elle est comparable aux glandes salivaires, à savoir qu'elle produit un liquide composé de protéines, d'enzymes et d'oxygène. Cette glande est stimulée par le nerf facial VII.

La solution aqueuse produite est véhiculée jusqu'à l'espace conjonctif -entre l'œil et la paupière supérieure- via dix canaux excréteurs de la glande lacrymale. Là, l'eau se déverse sur tout l'œil jusqu'en bas, dans le sac lacrymal -espace entre l'œil et la paupière inférieure. Quand il y a une production trop importante de larmes, sous le coup de l'émotion, ce lac déborde et nous pleurons.

En même temps que les larmes coulent sur les joues, une partie de ce trop plein d'eau est évacuée par les fosses nasales. A la commissure interne de l'œil, une petite protubérance rosâtre appelée "caroncule" possède un orifice débouchant dans des canaux lacrymaux. L'eau s'y engouffre pour atteindre un sac lacrymal qui conduit ensuite au nez via un conduit lacrymo-nasal. Voilà pourquoi vous mouchez abondamment après une crise de pleurs.

 

De l'eau pour nettoyer l'œil

 

Certes, les pleurs sont une soupape émotionnelle mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont un rôle physiologique bien précis. La cornée, une partie de l'œil, est le seul organe du corps humain dépourvu de toute vascularisation car cela aurait des répercussions sur la vision. Or, elle est soumise à de nombreux frottements de l'air, mais aussi à l'intrusion de corps étrangers comme des poussières. Pour éliminer tout cela et éviter que la cornée ne soit abîmée, un mécanisme de larmes et de battements de paupières est alors activé en permanence.

Les larmes humidifient l'œil, les paupières dispersent partout cette eau et évacuent en même temps les grains de poussières. Cette solution aqueuse contient des petites enzymes lytiques, les lysozymes. Elles détruisent les agents bactériens et les champignons pathogènes ; elles jouent le rôle d'antibiotique. Ainsi, les inflammations et autres maladies oculaires sont amoindries ou écartées. Mais les pleurs ne servent pas uniquement de "lave-œil".

 

Oxygénation et alimentation

 

Sans vaisseaux, la cornée est privée d'apport en nutriments dont tout organe a besoin pour fonctionner. Les larmes vont donc jouer le rôle de transporteur de protéines et vont diffuser directement dans les cellules cornéennes. Ainsi, l'absence vasculaire est compensée.

Mais les nutriments ne sont pas les seuls à faire partie du voyage, de l'oxygène dissout les accompagne. Il se transfère également dans les cellules de la cornée. En fait, un échange gazeux s'opère à ce niveau ; du CO2 provenant de la cornée est alors récupéré par les larmes puis éliminé.

 

Charlotte Portalis, L'Internaute
Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 15:16

Bruno Philip Le Monde.fr du 23.11.08

 

C'est officiel depuis que l'information a été diffusée, début novembre, par l'agence de presse Chine nouvelle : l'empereur Guangxu, avant-dernier souverain de la dynastie Qing, est mort empoisonné à l'arsenic !
Le drame s'est noué dans la Cité interdite de Pékin, où le Fils du Ciel a expiré, à l'âge de 36 ans, le 14 novembre 1908. Les principaux suspects sont la redoutable et redoutée impératrice douairière Cixi et son eunuque favori, le sinistre Li Lianying.
Les raisons du possible empoisonnement de Guangxu par Cixi, qui était aussi sa tante et fut régente jusqu'à la majorité de l'empereur, s'inscrivent dans le contexte politique troublé de la cour mandchoue. L'histoire est connue, et les soupçons sont aussi anciens que l'écroulement d'une dynastie en pleine décadence : l'empereur, qui avait été écarté du trône et placé en résidence surveillée par la douairière en 1898, avait, à l'époque, soutenu le clan des réformateurs et s'était attiré l'hostilité des milieux conservateurs. Cixi continuait cependant à considérer son neveu comme une menace potentielle pour son "règne" finissant, même si elle l'avait dépouillé de tous ses pouvoirs.
Juste un siècle après les faits, les enquêteurs, diligentés par les autorités chinoises, ont rendu leurs conclusions sur cet événement survenu au crépuscule de l'empire mandchou - les Qing régnèrent sur l'empire du Milieu de 1644 à 1911. L'idée de se lancer dans un travail d'investigation pour faire la lumière sur cet épisode vient d'un producteur de la télévision centrale nationale (CCTV), Zhong Liman.
En 2003, ce dernier prévoyait de tourner un film sur les circonstances mystérieuses entourant la mort de Guangxu. Il suggéra d'analyser les restes du défunt, enterré dans la vaste sépulture des empereurs Qing, près de Pékin. Le corps avait été malmené : en 1938, des pilleurs de tombeaux profanèrent la résidence éternelle du souverain, déplacèrent son squelette et emportèrent les bijoux funéraires. Les profanateurs repartirent en scellant le tombeau et il a fallu attendre 1980 pour que les restes de l'auguste céleste soient remis dans son cercueil.
L'idée de M. Zhong, retenue par les autorités, a mis en marche une impressionnante machine : rien moins que l'institut de l'énergie atomique, le centre médico-légal de la police de Pékin et le département chargé des études de la dynastie Qing ont été mis à contribution. Les techniques les plus modernes ont été utilisées, notamment celle connue sous le nom de "neutron activation" : des fragments humains ou de vêtements sont placés dans un petit réacteur nucléaire, qui ne détruit pas l'échantillon analysé et fournit des résultats très précis. Même sur un cheveu.
"Nous nous sommes inspirés de ce que d'autres ont fait pour démontrer que Napoléon avait été empoisonné à l'arsenic à Sainte-Hélène", nous explique Zhu Chengwei, vice-président du département des archives Qing, un centre ultramoderne occupant à Pékin sept étages d'un immeuble et qui a coûté la somme de plusieurs centaines de millions de yuans.
La comparaison avec l'empereur français est risquée : les dernières études sur les cheveux de Napoléon, réalisées par l'institut italien de physique nucléaire de Pavie, ont confirmé un taux d'arsenic très élevé, mais n'ont pas prouvé que ce dernier avait été assassiné lors de son exil à Sainte-Hélène. Mais peu importe : M. Zhu a consacré toute sa vie à l'étude de l'histoire des empereurs mandchous. L'Etat, explique-t-il, consacre un budget important à cette période, car "les Qing, en tant que dernière dynastie, ont accumulé toute la mémoire de la Chine, chaque nouvelle dynastie compilant toute l'histoire des précédentes"...
Le résultat des analyses effectuées sur les restes de l'empereur ne laisse plus place au doute : les traces d'arsenic découvertes sur deux cheveux - l'un de 26 centimètres, l'autre de 69 centimètres -, deux clavicules, une côte et un os non identifié révèlent un taux de contamination par ce poison de 2 400 fois supérieur à la normale.
A titre de comparaison, l'équipe des chercheurs a effectué des prélèvements sur le corps de l'impératrice Long Yu, épouse de Guangxu, enterrée à ses côtés : le taux d'arsenic décelé sur cette dernière est 261 fois inférieur à celui de son époux. L'analyse de squelettes de hauts fonctionnaires de la dynastie mandchoue révèle des taux 131 fois moins élevés que les prélèvements effectués sur l'empereur. L'hypothèse de la contamination par l'environnement semble également exclue, l'air du tombeau n'ayant révélé qu'une teneur très inférieure en arsenic à celle des cheveux et des os de l'empereur.
Dans les archives des Qing est consigné le récit de la mort de Guangxu. La version "officielle" est que l'empereur, depuis longtemps malade, était décédé de mort naturelle. Un médecin de la cour consigna cependant une autre version dans ses carnets : selon lui, même si Guangxu souffrait de maux divers, il s'était rétabli avant sa mort, qui fut aussi soudaine que suspecte.
Une anecdote transmise oralement par le ministre des rites de la cour, Pu Liang, à son arrière-petit-fils Qi Gong, pourrait permettre d'éclaircir les zones d'ombre : Pu a raconté avoir vu le jour de la mort de l'empereur un eunuque sortir de la chambre de Cixi un bol à la main. Le ministre lui demanda ce que le récipient contenait. Il répondit : "Du yaourt. L'impératrice douairière m'a demandé d'en apporter à l'empereur." Deux heures plus tard, Pu entendit quelqu'un pleurer dans les appartements de Guangxu. Puis une voix s'écria : "L'empereur est mort." Il était 18 h 32, ce 14 novembre 1908.

Par Didier - Publié dans : CHINE
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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 11:40

HISTOIRES DE SAVOIR - La chronique de Jean-Luc Nothias du 22 octobre.

Évoquer le «suicide» d'une fourmi est, bien sûr, une façon de parler. Les animaux ne se suicident pas. Pas plus les fameux lemmings, ces petits rongeurs scandinaves, que les scorpions qui se piqueraient avec leur dard. Les lemmings se déplacent en groupe et nagent très bien. Quand ils arrivent devant une rivière ou n'importe quel plan d'eau, ils y plongent pour traverser. Le seul problème du lem­ming est qu'il ne sait pas faire la différence entre un plan d'eau fermé et l'océan. C'est pourquoi on a pu voir des groupes de lemmings sauter dans la mer et y nager jusqu'à épuisement. Et le scorpion pour sa part se recroqueville s'il est menacé par des flammes, don­­nant l'impression de se piquer, ce qui n'aurait aucune conséquence né­faste car il est immunisé contre son propre venin.

Mais dans les cas qui vont nous intéresser, il y a tout de même très clairement plus que des conduites à risques. Sous certaines influences, des animaux peuvent carrément s'offrir en sacrifice à leurs prédateurs. Et tout cela parce que des parasites ont pris les commandes. C'est le cas d'un ver plat, la petite douve du foie (Dicrocoelium dendriticum). Comme tous les vers de ce groupe des « trématodes », cet invertébré a un cycle de vie complexe qui nécessite qu'il soit hé­bergé, à différents stades, par trois hôtes-animaux. Le tout dans un ordre bien précis. Et comme si cela ne suffisait à lui corser la tâ­che, il va lui falloir imaginer les moyens de passer d'un hôte à l'autre, en l'occurrence l'escargot, la fourmi et le mouton.

Prenons un mouton infecté. Ses excréments vont contenir des œufs du parasite. Il est relativement facile, une fois au sol, de faire passer par là un escargot qui va donc se faire infecter. Les œufs vont devenir des larves, appelées cercaires. Elles se placent dans les petites bulles de mucus du système respiratoire de l'escargot. Celui-ci va en expectorer. Voici nos larves de nouveau au sol. Pas de grandes difficultés donc à se trouver sur le chemin de fourmis. Celles-ci, en mangeant ce mucus, vont être infectées. La larve va de nouveau se transformer (en métacercaires).

Le problème à ce stade est que la larve est moins mobile. Il n'y a donc pas de voie de sortie simple. Et si le parasite tuait la fourmi, il n'aurait que très, très peu de chances d'achever son cycle dans son troisième animal-hôte, le mouton. Et c'est là que ce petit ver va réaliser un exploit renversant. La petite douve va, on ne sait trop comment, prendre le contrôle de l'énorme (à son échelle de minuscule larve) fourmi et l'obliger à effectuer des manœuvres quasi-suicidaires.

 

Le foie du mouton comme dernier refuge

 

La fourmi parasitée va ainsi grimper sur un brin d'herbe, s'installer en haut, et, laissant tomber toutes ses autres tâches de fourmi, attendre des heures qu'un mouton vienne l'avaler par inadvertance en broutant son repas de végétarien. Si cela ne marche pas, la douve permet à la fourmi de reprendre un temps ses occupations avant de la faire remonter sur un autre brin d'herbe. Tous les vers ne réussissent pas, bien sûr, à faire croquer «leur» fourmi. Mais en cas de succès, une fois ingérée par le mouton, la douve va se loger dans son foie, y faire des œufs qui seront rejetés. En attendant un escargot…

Ce n'est pas le seul exemple de parasite qui manipule un animal. Ainsi, une espèce de petite crevette du Languedoc-Roussillon, le gammare, adopte un comportement aberrant lorsqu'elle est parasitée par un autre petit ver (Microphallus papillorobustus). Ce­lui-ci oblige le crustacé à non seulement venir près de la surface, plutôt que de rester protégé plus profond, mais également à s'agiter en tout sens pour se faire remarquer. Et se faire avaler par un oiseau. C'est que notre petit ver doit passer d'un hôte aquatique (le gammare) à un hôte aérien (l'oiseau). Il y a vraiment des parasites qui sont bien plus que de simples pique-assiettes.

Pour en savoir plus : «La Malédiction du cloporte», Christine Coustau et Olivier Hertel, Éditions Tallandier. Et l'incontournable «Les Associations du vivant, l'art d'être parasite», du Pr Claude Combes, Éditions Flammarion.

Par Didier - Publié dans : SCIENCES
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